Que signifie le « service jeunesse » au XXIᵉ siècle ? C’est prendre ses responsabilités avant que les désavantages ne s’installent durablement. Dans notre série consacrée aux cinq domaines d’action du Rotary, ROKJ est à l’honneur – un engagement qui ouvre des perspectives concrètes aux enfants et aux jeunes en Suisse.
Le service jeunesse en pratique : ROKJ – Rotary pour enfants et jeunes
Levin Müller, né en 2008, est assis derrière sa batterie et fait quelque chose qui saute immédiatement aux yeux : il prend cela au sérieux. Ce jeune homme n’a pas « simplement un peu de talent », il n’est pas seulement « musical » – il incarne ce mélange rare de concentration, de ténacité et de joie. Une énergie qui fait immédiatement sentir que cet adolescent n’a pas seulement trouvé un hobby dans son instrument, mais un langage. Et peut-être aussi une forme d’ancrage.
Cinq enfants grandissent dans la famille de Levin, et la musique y va de soi. Il y a des cours, des répétitions, des représentations communes et même un groupe familial. On imagine aisément la scène : un salon rarement silencieux, des instruments au sol et aux murs, des partitions sur la table, un joyeux désordre, beaucoup de rires. Et au milieu, ce garçon qui, derrière sa batterie, ne se contente pas de donner le tempo, mais se structure lui-même.
La famille, passionnée de musique, vit à Lohn, une petite commune sur les hauteurs du Reiath, à environ quinze minutes de Schaffhouse. À 640 mètres d’altitude, le lieu est paisible, à taille humaine, avec une école enfantine au village et les établissements secondaires en ville. De là, le monde semble proche – et pourtant toujours à une certaine distance. Ceux qui recherchent un soutien spécifique doivent être mobiles. Et ceux qui suivent un programme pour jeunes talents ont besoin non seulement de talent, mais aussi d’organisation, de temps et de moyens financiers.
Dans de telles communes rurales, la distance jusqu’à la prochaine ville détermine souvent si un talent devient visible – ou reste dans l’ombre.
À Schaffhouse, aucun enseignant n’a pu accompagner Levin au niveau requis. Il a donc fallu se tourner vers Winterthour. Ce qui signifie : déplacements, organisation, persévérance – et surtout : financement. En début d’après-midi, le jeune batteur monte dans le train, les baguettes dépassant de son sac à dos. Au conservatoire de Winterthour, où les gammes se mêlent dans les couloirs et où des rythmes s’échappent des portes closes, il suit depuis quatre ans un programme de soutien de haut niveau. Il s’agit d’un dispositif structuré pour jeunes talents, avec des exigences claires – un parcours qui requiert de la constance, de sa part comme de celle de ceux qui croient en lui.
La promotion du talent de Levin est rendue possible grâce à ROKJ Schaffhausen–Zürcher Weinland. Cette initiative rotarienne veille à ce que son potentiel ne se heurte pas à des limites financières – et puisse se développer pleinement.
Quand la participation ne va pas de soi
En Suisse, près d’un enfant sur dix grandit dans la pauvreté. Ce chiffre contraste avec l’image que l’on se fait généralement de notre pays prospère. Pourtant, la pauvreté y est rarement spectaculaire. Elle est discrète, silencieuse – et c’est précisément ce qui la rend si déterminante.
La pauvreté ne signifie pas toujours un manque absolu, mais un sentiment d’exclusion répété : du club de sport, des cours de musique, des camps scolaires, des programmes de soutien. Elle signifie que les parents doivent calculer avant de s’engager. Et que les enfants apprennent à formuler leurs souhaits avec retenue – voire à y renoncer.
Ne pas pouvoir participer dès le plus jeune âge, c’est manquer bien plus que des activités ponctuelles. Ce sont des expériences, des contacts sociaux, des réussites qui font défaut. Les études montrent que les enfants issus de milieux économiquement défavorisés sont plus souvent confrontés à des difficultés scolaires, à des problèmes de santé ou à une insécurité psychique. Le manque s’accumule par petites étapes, mais avec des effets durables.
C’est pourquoi le soutien précoce est déterminant. Les premières années de vie sont considérées comme une phase sensible pour le développement cognitif, émotionnel et social. Ce qui est encouragé à ce stade porte sur le long terme. Ce qui ne l’est pas laisse des traces.
Rotary pour enfants et jeunes, ou ROKJ, intervient précisément à ce niveau. L’organisation ne se conçoit pas comme un substitut aux prestations de l’État, mais comme un complément là où celles-ci atteignent leurs limites. Sont soutenues des activités dans les domaines de l’école, de la musique, du sport, des camps, de la mobilité, de la santé et de l’encadrement – autant d’éléments qui permettent aux jeunes de se percevoir comme une partie intégrante de la société.
Ancré localement, efficace à l’échelle nationale
ROKJ agit dans toute la Suisse tout en étant volontairement organisé à l’échelle régionale. Trente-sept régions portent cet engagement sur le terrain, examinent les demandes de manière autonome et travaillent en étroite collaboration avec les écoles, les services sociaux et les associations. Ce principe de proximité crée du lien – et le lien permet la précision.
La région ROKJ Schaffhausen–Zürcher Weinland existe depuis 2010. Durant cette période, plus de 1000 demandes y ont été examinées et environ 650 000 francs ont été attribués sous forme de soutien ciblé. Actuellement, la région est présidée par Javier Horrach du RC Schaffhausen.
À l’échelle nationale, plus de 13 650 enfants et jeunes ont été soutenus depuis la création de ROKJ, pour un montant total de plus de 7,6 millions de francs. Derrière ces chiffres, il n’y a pas des cas abstraits, mais des trajectoires concrètes : des enfants qui ont pu continuer le sport, des jeunes qui ont pu suivre un cours préparatoire, des parcours qui ont pu se poursuivre grâce à un soutien financier.
L’aide est apportée de manière discrète et directe. Les contributions sont versées, après examen attentif, aux prestataires concernés, toujours avec une perspective tournée vers l’avenir. Cette structure associe responsabilité et respect ; elle protège la dignité des familles tout en garantissant la transparence.
Et revenons à Levin.
Jouera-t-il un jour sur de grandes scènes ? Rien n’est certain. Peut-être son chemin le mènera-t-il dans une toute autre direction. L’essentiel est ailleurs : qu’il ait la possibilité de prendre son talent au sérieux, sans être freiné par des contraintes financières.
Lorsqu’il entre dans la salle de répétition à Winterthour, seul le rythme compte. Personne ne s’interroge sur les revenus de ses parents, personne ne calcule en cadence. Il s’agit de son, de technique et d’expression.
ROKJ veille à ce que cet espace reste ouvert.
C’est là que se révèle l’essence du service jeunesse rotarien : créer des opportunités plutôt que rechercher l’attention – ancré localement, pensé sur le long terme et porté par la conviction que l’avenir commence là où aucun enfant ne doit rester en marge.